Souvenirs de mine

Souvenirs de mine

Dernière mise à jour le par Adriana Tenda Claude

Article rédigé par Yanis Chauvel pour "Les 4 Saisons d'Anniviers"

 

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 Denis Zuber

Nous sommes en 2012. M. Zuber m’ouvre avec une grande gentillesse la porte de sa maison à Mission mais aussi et surtout celle de sa mémoire. Et de la mémoire, il n’en manque pas ! Je suis venu pour parler des souvenirs qu’il garde de son bref passage à la mine de Grimentz, mais finalement c’est une vie qui se déroule sous mes yeux pour mon plus grand plaisir. C’est qu’on pourrait l’écouter parler pendant des heures M. Zuber… Avec ses yeux pétillants de malice pendant qu’il raconte une anecdote drôle ou au contraire humides lorsqu’il évoque un compagnon parti trop vite, il nous tient en haleine et l’on ne voudrait pas que l’entretien se termine. Nous l’avons d’ailleurs prolongé un peu autour d’un bon verre d’une bouteille qu’il ne sort que trop rarement m’a-t-il confié !

M. Zuber a travaillé la majeure partie de sa vie active pour une caisse d’assurance maladie. Il a été au cœur de plusieurs changements, fusions de caisses maladie notamment. De cette période, il garde aussi des souvenirs qu’il me fait partager. Notamment, sa participation à la fusion de sa caisse maladie avec le Groupe mutuel, qui à l’époque ne comptait pas plus de 30 000 inscrits… Auparavant, il travaillait à l’usine de Chippis mais surtout, plus jeune, il a travaillé pendant deux mois à la mine de Grimentz.

Un gros coup de chance

Pourquoi deux mois ? A cause d’un accident qui le blessa à la main. Un véritable coup de chance dit il aujourd’hui. Un coup de chance pour deux raisons. La première est que la blessure n’était pas si grave même s’il lui a fallu un bon mois avant de pouvoir recommencer à travailler. Mais le vrai coup de chance est que cet accident lui a fait prendre conscience qu’il ne devait pas remonter travailler à la mine. Et c’est sûrement grâce à cet accident qu’il est encore en bonne santé à plus de 80 ans. Pas de traces de silicose comme chez ceux qui ont travaillé plus longtemps. La silicose, cette maladie causée par la poussière inhalée est responsable de nombreux morts parmi les mineurs. Car, bien sûr, les mineurs - nous sommes dans les années 1940 - ne portaient aucune protection et surtout pas de masques. Quelques-uns mettaient un mouchoir sur la bouche pour se protéger de la poussière, cela en a sauvé un petit nombre… Le travail de forage se faisait à sec, donc la poussière ne retombait pas. De plus, le pouillant, ce gas qui reste dans la galerie après l’explosion, rendait les mineurs régulièrement malades.

Des conditions de travail déplorables

Les conditions de travail sont inimaginables aujourd’hui. En plus de l’air irrespirable, il fallait travailler avec du matériel ancien, qui parfois ne marchait pas correctement. Les galeries, très étroites, parfois ne dépassaient pas un mètre de diamètre, le travail se faisait donc couché ou accroupi… Pas d’eau courante dans la baraque qui servait aux mineurs à se reposer, un lit pour deux mineurs - l’équipe de jour se couchait quand l’équipe de nuit se levait - bref, des conditions de vie et de travail déplorables qui attirèrent même le regard des services sociaux. Il fallait sortir le matériel, c’est ainsi que l’on nommait les roches extraites de la mine. C’était un travail très éprouvant, surtout pour remonter ce qui se trouvait dans les galeries inférieures. En effet, avec une pelle, tout le matériel était déplacé d’un palier à l’autre jusqu’au wagonnet qui attendait dans la galerie principale. Ensuite il fallait pousser le wagon sur des rails antiques dont l’écartement, la plupart du temps, n’était pas conforme…

Grillage du minerai

Le matériel était ensuite mis dans une benne, non motorisé mais qui fonctionnait avec un système de poids, et redescendu via une tyrolienne jusqu’au Bocage, actuellement l’Ilôt Bosquet. Là il était trié et le minerai était grillé dans des fours construits sur place. M. Zuber a aussi travaillé au grillage du minerai, un travail selon lui beaucoup moins pénible.

Souvenirs, souvenirs

M. Zuber retrouve son air malicieux lorsqu’il me parle de certaines anecdotes. Il se souvient notamment de ce mineur à qui on avait demandé de faire descendre la benne pour remonter un bidon de lait. La benne descendante était pleine de matériel, donc extrêmement lourde et la benne montante ne comportait qu’un bidon de lait de quelques litres. Le pauvre mineur a eu beau déployer toute son énergie pour freiner l’engin, rien n’y fit. Le bidon de lait alla se fracasser contre l’entrée de la mine tandis que la benne de matériel, en bas, se détacha et roula loin dans la forêt !

Des anecdotes et des souvenirs il y en a bien d’autres mais tous ne tiendraient pas sur cette page… Je remercie encore M. Zuber pour son accueil. Ce moment passé en sa compagnie restera pour moi un moment hors du temps.

Yanis Chauvel

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