Mine de Baicolliou - Grimpée à la mine

Mine de Baicolliou - Grimpée à la mine

Dernière mise à jour le par Adriana Tenda Claude

Grimpée à la Mine de Baicolliou - Grimentz - Val d'Anniviers, 1964 m.

Article rédigé par Dominique Epiney Regolatti pour "Les 4 Saisons d'Anniviers"

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      La mine de Baicolliou © 19.05.13                     Entrée de la mine © Marc Regolatti

 En 1544, Sébastien Münster, cartographe et savant humaniste originaire du sud de l'Allemagne, signale dans sa Cosmographia Universalis, une mine d’argent située près de Sierre. Il parlait certainement d’une mine perchée dans le Val d’Anniviers car c’est dans cette vallée que se trouve la seule zone de la région riche en gisements et répertoriée comme la plus abondante de Suisse avec plus de 300 espèces minérales. Le premier compte-rendu qui évoque les Mines d’Anniviers a été rédigé par le naturaliste G. de Razoumowsky des Académies Royales des Sciences de Stockholm et de Turin en 1784. Ses observations sur les premières exploitations minières d’Anniviers datent de 1718. Elles révèlent des informations inédites et précieuses puisque dès lors le Val d’Anniviers connaîtra des périodes d’extrêmes turbulences minières, mais à faible production de minerai.

La Société Fermière des Mines du Val d'Anniviers a été fondée le 17 juillet 1901 par Henri Golliez et Denis Lecomte, géologues, suite à des études faites sur la base d'anciens rapports relatifs à ce projet d'exploitation. L'activité de cette société fut limitée à des travaux effectués dans les Mines de La Lé à Zinal et de Baicolliou à Grimentz. Seul le cuivre fut recherché, les minerais de nickel, de bismuth et de cobalt ne furent jamais vraiment exploités. Les travaux de traitement et d'exploitation n'ont jamais donné les résultats espérés par les calculs de rendement effectués et n'ont pas rencontré le succès attendu. Vers 1903, l'exploitation pratique de cette mine est stoppée.

Le 13 juillet 1910, une nouvelle Société Fermière des Mines du Val d'Anniviers est créée. De 1911 à 1913, cette dernière effectue de sérieux travaux de recherche au coeur des entrailles de la montagne afin de récupérer le bismuth de la Mine de Baicolliou. En 1914, la société cesse à nouveau ses activités et la faillite est prononcée. De 1941 à 1945, l'Entreprise Oerlikon exploite derechef le lieu et du cuivre électrolytique y est extrait à partir de gisement brut, soit env. 10-12 tonnes extraites entre 1942 et 1943.

Selon les souvenirs de mon papa, à part les bons repas servis à la cantine de la mine, les conditions de travail des mineurs étaient épouvantables. Quelques 25 ouvriers y travaillaient sans répit, été comme hiver, et retournaient chez eux les samedis soir pour remonter à pied, tôt les lundis matin. A l’époque un petit sentier très raide aux virages serrés permettait l’accès à la mine en +/- une bonne heure de marche. Les ouvriers travaillaient 10 heures par jour et gagnaient CHF 9.00 par journée. A l’époque, les travaux effectués dans la vallée ou dans les vignes à Sierre rapportaient CHF 0.70 par heure. Mon papa se souvient avec nostalgie des courageux frères Mayor, accompagnés de leurs deux garçons, qui traversaient le Pas-de-Lona pour rentrer chez eux à Saint-Martin dans le Val d’Hérens, bravant la neige et le mauvais temps. Le baraquement de 2 étages qui abritait le réfectoire et le dortoir était construit à la sortie de la galerie sur le flanc même de la montagne. Les ouvriers dormaient à tour de rôle car il n’y avait qu'un seul lit pour deux mineurs. D’autre part, aucun système ne permettait d'humidifier et de ventiler la mine et de nombreux mineurs attrapèrent la silicose. Mon papa nettoyait régulièrement et précieusement son petit masque en éponge afin d'assurer la protection de sa santé. Cette maladie ne l'a pas épargné mais il a survécu, contrairement à la plupart de ses collègues.

Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945), les travaux d'exploitation cessèrent. L'usine de traitement expérimentale située à l'ouest de Grimentz, au Boccard, et reliée à la mine par une benne tirée par un câble d’une longueur d’env. 900 mètres fut démantelée.  En 1945,  mon papa a fermé l'entrée de cette mine et a participé avec son frère Gustave Epiney, mon grand-papa Alexis Revey et tous ses collègues aux travaux de démontage de toutes les installations. A ce jour, il ne reste que l'entrée principale de la mine et une partie du mur de soubassement du baraquement situé devant l’entrée de la mine.

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Photos des mineurs de Grimentz vers 1942

Références

  • Retranscription du récit de Guynemer Epiney en 2002.
  • Interview de Marcel Epiney de Grimentz le 20.05.13, de Guynemer Epiney et de Jean-Louis Kittel du 20.07.2000, archives sonores PAF n° 186 F. par P.-A. Florey à écouter sur le site : http://www.notrehistoire.ch/audio/view/499/- http://www.notrehistoire.ch/audio/view/500/
  • Une coupure de presse anonyme et non datée, collection Guynemer Epiney.
  • Mines et Minéraux du Valais – II. Anniviers et Tourtemagne. Stefan Ansermet et Nicolas Meisser. Editions Portes-Plumes, Ayer 2012.
  • Photos et exploration de la mine, Marc Regolatti, 19 mai 2013.
  • Photos © collection Dominique Epiney Regolatti.

Par Dominique Epiney Regolatti

 

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