Bancs parrainés de St-Luc

Bancs parrainés de St-Luc

Dernière mise à jour le par Marie-Claude Stoeri

Article rédigé par Simone Salamin pour "Les 4 Saisons d'Anniviers"

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Banc situé au sommet du Col des Ombrintzes

 

SUR LES BANCS PUBLICS

« Les amoureux qui s‘bécotent sur les bancs publics, bancs publics, bancs publics, en s’foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes, les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics, bancs publics, bancs publics ont des p’tites gueules bien sympathiques » chantait Brassens. Sur les hauts de St-Luc, avec un peu de chance, on peut voir des amoureux qui peut-être se bécotent, des enfants la casquette de travers qui se lèchent les doigts rougis de fraises des bois, ou bleuis de myrtilles, des solitaires contemplatifs, des jeunes casqués, selon qu’ils écoutent de la musique ou qu’ils pérégrinent à vélo.

L’odyssée des bancs

Tout a commencé à la fin des années 1990, lorsque la Société de Développement locale a lancé l’idée de permettre aux intéressés d’offrir des bancs, fabriqués par le Triage forestier ou d’autres entreprises de la région. L’ancienne commune de St-Luc se chargeait de fixer ces bancs gratuitement, sur les lieux choisis par les mécènes, à condition que l’accès soit possible et ne fasse pas obstacle aux dameuses de pistes.

Le succès a été immédiat, le chemin des planètes a suscité l’engouement des premiers sponsors, tel le banc offert par « L’Amicale des Retraités de Swissair Romandie ». Des textes marquant les anniversaires, les mariages, les amours, les liens avec Anniviers, mais aussi les accidents ou décès sont gravés sur les dossiers. Ils marquent des étapes de la vie de ces personnes.

Passe le temps, s’enrichit le récit

Aujourd’hui, on dénombre quarante-cinq bancs disséminés depuis les hauts du village jusqu’au sommet du Toûnot. A chaque fois, on découvre quelques mots, une trace d’un moment de vie ou d’envol définitif. En allant vers Chandolin depuis le Par-di-Modzes on repère celui inscrit « sur les pas d’Alphonse », offert par Hélène Zufferey, l’auteure de « Simon l’Anniviard ». Elle retrace le parcours de son père et voulait planter un banc en hommage à ses parents, comme on plante une graine qui chaque printemps émerge parmi les rhodos. Le lieu permet d’admirer une superbe vue sur la Noble Contrée d’où venait sa maman ainsi que sur Chandolin et l’entrée abrupte du val où les racines de son papa folâtrent pour toujours.

Plus haut, sur la crête des Ombrintzes, un merveilleux mirador sur l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau vers le nord, le Rothorn et ses acolytes vers le sud, le Grand Combin et ses copains vers l’ouest, le Phare de Griolet et la Bella-Tola vers l’est accueille le banc-souvenir pour Yannick.

Mais le chemin des planètes reste la star incontestée des fans de bancs. Celui de Jacqueline et Joseph trône à côté de la Comète de Halley. Les alentours de l’hôtel Weisshorn représentent le siège principal de l’assemblée des bancs semble-t-il, Pluton n’a qu’à bien se tenir, il est scruté de toutes parts.

Là-bas, juste en face, au Vijivi, trône celui qui incite « J.B. prends ton temps, mais pas trop longtemps » et plus à gauche, sur l’alpage de Rouaz au pied de Saturne, on lit « S’il y a un paradis, c’est ici ». Le jeu prend forme, on marche en se demandant que dira le banc suivant, on fait des paris, les petits courent devant pour être les premiers à dévoiler le message. Du coup, la randonnée s’enrichit d’une dimension supplémentaire, on peut aimer celui-là, un peu moins tel autre, la curiosité et le débat s’invitent au voyage.

Histoire d’espoir

En 2007, Nicolas Ciana découvre l’hôtel Weisshorn lors d’une traversée à ski Verbier – Zinal : grande émotion ! Dès 2008, avec des amis, il loue un chalet à St-Luc puis survient le drame de février 2013, lorsque l’ami de la famille colocataire du chalet est emporté par l’avalanche sur les flancs de la Bella-Tola. Malgré les recherches, son corps n’a été retrouvé que l’été suivant, épreuve terrible pour eux tous. Puis les séjours au chalet ont repris, en pensée avec l’ami disparu et l’amour des proches. A ce moment-là, la devise originaire de Savièse « Pa Capona » leur est apparue dans un message et sa signification a pris une énorme ampleur au chalet. Tous se sont accrochés à ces mots, « quoi qu’il arrive et quel que soit le défi, ne baisse jamais les bras et va de l’avant ». Des mots forts et positifs qui restent gravés dans les cœurs et les corps. Alors l’idée d’offrir un banc à St-Luc s’est imposée à Nicolas et à son épouse, un banc bien solide qui leur survivrait. Il est bien installé, sur le monticule en-dessus de l’hôtel Weisshorn. « Pa Capona » y est gravé sur la face principale. Il domine Anniviers, St-Luc et le chalet, on y voit l’endroit de l’avalanche, le Toûnot, le majestueux Weisshorn. L’endroit est chargé d’émotions et de souvenirs. Les mots gravés au dos du banc encouragent à profiter au mieux de la vie.

Voilà une touchante anecdote, combien d’autres pourraient être citées, certaines le seront dans la publication prévue pour l’an prochain. Comme celle de Jacques qui a choisi de faire figurer un poème de Rilke sur son banc, le long du chemin qui rejoint le village par la grange à Basile.

Un livret sur les bancs « notés »

Albert, hôte attaché à St-Luc depuis bien longtemps a projeté de pérenniser l’histoire des bancs de St-Luc, en préparant un livret dans lequel on trouvera une photo, une annotation et un petit historique de chacun de ces bancs. L’idée s’est fait jour comme un petit jeu dans le cœur et la tête d’Albert. Puis le projet a pris du poids, il a fallu randonner en plusieurs fois pour photographier chaque objet, en faire l’inventaire,  les géolocaliser. La phase actuelle consiste à rencontrer le plus grand nombre de personnes qui ont souhaité faire poser un banc, pour comprendre leur motivation et leur lien avec St-Luc. Le processus est riche en découvertes, Albert et sa femme Marilise apprécient beaucoup ces beaux moments de partage. Le livret devrait paraître en été 2019, il marquerait les vingt ans de l’histoire des bancs. Je suis impatiente !

Sur une jolie idée de la Société de Développement qui avait observé ailleurs cette manière d’inciter les promeneurs à prendre le temps d’une pause et qui l’a proposée chez nous, le projet a rapidement rencontré un beau succès. La commune d’alors a mis gracieusement à disposition les ressources nécessaires à la pose, si le transport a nécessité l’hélicoptère, le propriétaire du banc s’en est acquitté bien sûr. La nouvelle commune s’implique dans ce même esprit. Les artisans locaux accomplissent leur travail au mieux pour obtenir le résultat souhaité par les commanditaires, hôtes et résidents. Cette fructueuse collaboration voit l’aboutissement de belles histoires individuelles qui permettent aux passants d’en profiter. Un tout grand MERCI à Nicolas, à Albert et à tous ceux qui poursuivent l’aventure. Magnifiques bancs publics, bancs publics, pour la fête et l’émotion, l’amour et les chansons !

Simone Salamin

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